Les autorités cubaines prennent les rênes du commerce de biens de consommation étrangers

De nouveaux magasins à devises voient le jour à La Havane, Santiago et Holguín. Grâce à leurs meilleurs prix et services, ils sont plus compétitifs et éliminent les circuits informels d’importation de biens de consommation en pénurie.

A cause du blocus plus rigoureux et la diminution du commerce avec le Venezuela (services de santé et autres en échange de pétrole), Cuba manque de devises pour payer les importations. Le tourisme (en crise, bien moins de Nord-Américains), le nickel, les ‘remesas’ (argent originaire de la famille aux Etats-Unis et en Europe), les médecins (exportation de services), commerce du tabac, rum (en diminution) ne suffisent pas pour générer suffisamment de devises.

Beaucoup de dollars entrent au pays via des citoyens, des pourboires, remesas, paladares (petits restaurants), des étals pour touristes. Le gouvernement veut contrôler ce flot de dollars pour couvrir les besoins sociaux primaires au lieu qu’il serve uniquement à élever le niveau de consommation d’une minorité.

Simultanément, et cela principalement à cause du blocus, il y a un manque réel de biens de consommation. C’est pourquoi des ‘mulas’ (mules) font des allers-retours au Panama ou au Mexique pour acheter des appareils électroniques, des smartphones, de l’électro-ménager, pour les revendre ensuite: ces dollars-là disparaissent de l’économie formelle.

Concurrencer à mort le marché

Il y a 27 ans le CUC (peso cubain lié au dollar) n’existait pas et il y n'y avait presque rien que les dollars des remesas. On a alors légalisé le dollar – en créant le CUC – pour les mêmes raisons. Interdire le dollar ne ferait que renforcer le marché noir et gris et engendrer un marché noir avec des prix plus élevés, puisqu'il y a une réelle pénurie

C’est pourquoi le gouvernement fait le choix d’éliminer cette débrouillardise tolérée en lui faisant une concurrence à mort : faire un vol au Mexique pour aller chercher 100 kilos, ou importer des tonnes par container maritime, le coût des marchandises importées baisse fortement, et cela facilite aussi l’importation de pièces détachées, qui peuvent être assemblées à Cuba-même, et pour lesquelles on peut alors offrir un meilleur prix. .C’est ainsi qu’il y a dès aujourd’hui des usines chinoises d’assemblage d’autobus, destinés aussi à la vente en Amérique Latine.

Pas de billets verts si possible

Comme chaque touriste sait, lorsqu’il achète des CUC en arrivant sur l’île, 10% des billets de dollars apportés sont prélevés comme impôt. Cet argent est utilisé d’une part pour couvrir les coûts et les risques occasionnés par le blocus, puisque des banques et des canaux de paiements de pays tiers doivent être utilisés (et payés) pour contourner le blocus et encaisser ces billets. D’autre part ce prélèvement sert de contribution de solidarité de la part de ceux qui reçoivent ces dollars avec les autres Cubains..

Ces 10% sont uniquement prélevés sur des dollars qui sont apportés physiquement à la banque, soit pour les placer sur les nouveaux comptes en devises, soit pour les convertir en CUC: en liquide ou sur un compte en banque cubain..

Les dollars versés sur le compte ne sont pas taxés. D’autres devises telles que l’euro, le franc suisse, le dollar canadien, le yen… peuvent également être échangées ou placées sur un compte sans être taxées – selon leur taux de change journalier en dollar – même lorsqu'elle sont apportées en billets. De cette façon les autorités stimulent l’entrée d’autres devises que le dollar, car celles-ci sont bien plus faciles à utiliser sur les marchés internationaux..

Nouveaux magasins de produits importés mais aussi importation sur commande

Le gouvernement cubain autorise donc l’achat d’appareils ménagers, de pièces détachées pour voitures et d’autres biens en devises étrangères, a annoncé le vice-président de la République, Salvador Valdés Mesa. L’ouverture de plus de 70 magasins de produits d’importation, où faut obligatoirement payer avec des cartes bancaires en devises étrangères (principalement dollar et euros) fait partie d’un nouvel ensemble de mesures pour s’attaquer à la situation économique

Il n’y a aucun changement dans la législation douanière. Valdés a fait remarquer qu’au cours des dernières années l’importation de biens de nature non-commerciale par des particuliers a augmenté. "Quoique ces biens entrent légalement dans le pays, ensuite ils sont souvent commercialisés illégalement.”

 

 

Valdés Mesa a précisé que, vu le manque de devises étrangères pour pouvoir continuer à approvisionner la population en produits alimentaires de base, de produits d’entretien et d’hygiène, l’achat (par l’état) d’appareils ménagers de qualité moyenne et élevée était en baisse. Cela a conduit à l’importation de ces articles par des particuliers qui voyagent à l’étranger et les ramènent à l’île. « Il s'agit de grosses sommes d’argent dépensées pour l’acquisition de ces produits et nous préférons utiliser ces devises nous-mêmes pour approvisionner notre industrie, les chaînes de distributions, bref notre marché » a-t-il dit.

Le renforcement du blocus a par ailleurs encore plus réduit le transfert de dollars de familles cubaines des Etats-Unis vers Cuba et cela cause de gros problèmes aux insulaires et au secteur non-étatique. "Ces facteurs ont induit une situation où le pays ne dispose pas des moyens financiers nécessaires à l'importation de matières premières pour l'industrie et de biens pour alimenter le marché." .

Principales mesures :

- Des hausses tarifaires ainsi que des exonérations tarifaires sont prévues pour l'importation de certaines matières premières et moyens de productions afin de pouvoir diriger les importations.

- La priorité ira aux importations nécessaires au relèvement de la production nationale de produits de base et pour l'approvisionnement des chaînes de distribution, ainsi les frais et donc aussi les prix de vente de détail pourront être abaissés. .

- L'importation sera permise à des particuliers via des sociétés d'importations désignées par le ministère du Commerce et Investissements Extérieurs.

- Des "zones douanières d'entrepôts" seront utilisées en plus de nouvelles zones et destinées à la vente de biens via les sociétés d'importation désignées. Ce sera une solution alternative pour alimenter le marché intérieur.

- Un service de vente aux particuliers sera instauré pour des pièces détachées, des accessoires pour voitures, via l'entité d'état Servicios Automotores Sociedad Anónima (SASA), et autres.

Pas de billets verts dans les magasins

Le vice-président a aussi annoncé la création de magasins de vente en ligne avec logiciels de paiement nationaux et internationaux. Toutes les ventes – dans les magasins physiques également – se feront de façon électronique. Il n'y aura donc plus de vente en liquide dans le commerce de détail pour des articles importés.

Cela améliorera aussi les services après-vente.et de garantie. Les appareils que les gens importent (ou font importer) actuellement n'offrent pas ces avantages. "Grâce aux revenus de cette vente, l'approvisionnement de chaînes commerciales sera améliorée, en supplément à la production industrielle nationale.".

Par ces mesures l'importation non-commerciale de ces produits ne sera pas interdite dans les circonstances actuelles. Les prix qui seront offerts seront compétitifs par rapport aux prix sur le marché de revente des pays voisins. “Ni prix fixes, ni taxes fixes ". Les prix pourraient baisser en moyenne de 10 à 15% par rapport aux prix actuel sur le marché (noir). Ils seront régulièrement revus notamment sur la base des résultats de vente.

Bien qu'on débute par un assortiment limité, d' appareils ménagers, scooters électriques, téléviseurs à écrans plats, climatiseurs et pièces détachées pour voitures, l'intention est bien d' élargir progressivement l'éventail d'appareils électriques offert. Il sera également tenu compte de la durabilité et de la qualité de l'offre.

Le but de ces mesures est aussi de soutenir la production intérieure. Beaucoup d'industries travaillent en sous-capacité parce qu'elles ne disposent pas des matières premières nécessaires. Par l'importation de pièces détachées on pourra par exemple produire plus de téléviseurs et de bicyclettes électriques à Cuba-même. La qualité sera améliorée et on créera aussi de nouveaux emplois.

Banques, comptes et devises

Les personnes privées ont la possibilité d'ouvrir un compte en banque en devises étrangères pour faire des achats dans les magasins à produits d' importation, dit Irma Margarita Martínez Castrillón, présidente de la Banque Centrale de Cuba. Les Cubains insulaires peuvent désormais ouvrir des comptes en banque en devises étrangères dans les bureaux de Metropolitano S.A., Crédito y Comercio et Popular de Ahorro, uniquement pour des transactions électroniques à l'intérieur du pays.

Chaque compte pourra avoir plusieurs titulaires de carte bancaire et ces comptes pourront être ouverts en Dollars USA, euros, livres sterling britanniques, dollars canadiens, francs suisses, pesos mexicains, couronnes danoises, couronnes suédoise et yens japonais.

Tout ceci ne signifie pas que les magasins existants en CUC (monnaie cubaine convertible) et leur assortiment actuel seront négligés. Au contraire, là aussi le service après-vente doit être nettement amélioré. "C'est un processus progressif. Nous devons faire des stocks et éviter les spéculations sur les prix. C'est pourquoi il nous faudra revoir les prix en permanence. Elle a également assuré qu'il y aura des canaux de communication afin de répondre aux incertitudes et traiter les plaintes déposées.

Les nouveaux magasins à devises sont instaurés afin de faciliter pour les particuliers qui disposent de devises étrangères, l'achat de produits qui actuellement ne sont pas disponibles dans les magasins cubains existants. Les premiers articles en vente sont notamment des climatiseurs, congélateurs, téléviseurs grand format, réfrigérateurs de qualité, et encore des lessiveuses, des fours, machines à sandwichs et des fours à micro-ondes. Des scooters électriques, des batteries et accessoires divers, des moteurs font également partie de l'assortiment proposé..

"Comme il s'agit d'un processus progressif, nous nous efforçons d'agrandir le nombre d'articles, toujours dans la mesure du possible.”. Le nouveau réseau comportera 77 points de vente. Pendant une première phase, environ 14 unités seront ouvertes, dont 8 pour produits électroniques et appareils ménagers et 5 pour le secteur automobile. .

A l'heure actuelle 12 magasins ouvriront leur porte à La Havane, un à Santiago de Cuba et un à Holguin. Lors d'une seconde phase, le réseau sera étendu à d'autres régions. Il importe de signaler que ces magasins représentent une option supplémentaire, à côté des magasins existants à monnaie nationale, qui continuent à élargir leur gamme de marchandises.

Prix à la baisse dans les magasins en CUC, faibles marges bénéficiaires aussi dans les magasins à devises.

Pour la vente – tant en CUC qu'en devises étrangères - on compare les prix de vente au détail des pays de la région afin de rester compétitifs. C'est ainsi qu' à présent certains articles sont vendus moins chers, par exemple des lessiveuses semi-automatiques, des téléviseurs à écran 32 inchs, des petits réfrigérateurs et des boilers de moindre qualité. Mais pour ces articles aussi, les mêmes conditions de garanties restent en vigueur. La vente d'accessoires de voitures pour la sécurité routière reste inchangée en CUC.

Au cours de cette première phase, onze entités seront chargées de l'importation d'appareils. Ces entreprises pourront également offrir leurs services à des formes de management non-étatiques et à des personnes privées. En ce domaine il n'y a pas de limites pour le secteur non-étatique (coopératives et personnes qui travaillent pour leur propre compte).

La seule condition est une carte d'identité et l'acquisition de la nouvelle carte bancaire. L'entité d'état a l'obligation de chercher la meilleure offre en termes de prix et de qualité. Le prix ne dépend pas uniquement de la valeur des marchandises, mais aussi du transport, du traitement ou des frais en rapport avec l'inspection Les marges bénéficiaires sont très faibles, le but étant d'offrir ce service et non d'enrichir l'état.

Ces nouvelles mesures sont prises afin de donner un nouvel élan à l'industrie nationale et à l'emploi, d'améliorer le service, et de revitaliser la production. Elles permettent de briser partiellement le blocus économique, commercial et financier des Etats-Unis et de poursuivre le développement du pays dans ce contexte. "A chaque mesure prise, c'est le bien-être de notre population qui restera au centre de nos préoccupations".

Un programme intensif de préparation et de formation est développé pour tout le personnel des magasins et autres entités qui vont appliquer les nouvelles mesures qui ont été adoptées. Notre objectif est d'offrir la qualité de services que notre population mérite.

Source : Cubadebate o.a. Gravar el dollar