Boca de Samá, une mise en accusation de la terreur

A l’occasion du Colloque pour la Libération des Cinq à Holguín du 18 au 21 novembre 2010, une délégation des participants a visité Boca de Samá. Aujourd’hui très paisible, ce village a été victime d’un acte de terrorisme lâche en 1971. 

Boca de Samá est situé sur les bords d’une baie de mer magnifique sur la côte nord de la province de Holguín, à 15 km de la plage de Guardalavaca. La première habitation date du 8me siècle. Il s’agissait de Tainos, le principal groupe de la population autochtone de Cuba qui, tout comme les autres groupes autochtones, a été entièrement décimé sous l’occupation espagnole. Entre le 17me et la première moitié du 19me siècle, l’endroit était dépeuplé. En 1868, pendant la première lutte de libération des Cubains contre le colonisateur espagnol, les Espagnols y ont construit un renforcement, pour pouvoir apporter du matériel de guerre contre la résistance. De grands généraux de l’armée de libération, comme Antonio Maceo et Máximo Gómez se sont battus sur le champ de bataille de Boca de Samá. La lutte n’était toutefois pas gagnée.

 

Dans la deuxième moitié du 19me siècle, 40 % des bananes consommées à New York venaient de ce village. Pendant la deuxième lutte de libération, à la fin du 19me siècle, la région est également restée entre les mains espagnoles. La victoire cubaine à l’issue de la deuxième lutte de libération a été finalement piquée par les Américains, qui ont envahi l’île au début du 20me siècle. C’était le départ d’un développement capitaliste, avec l’implantation des multinationales américaines de fruits dans la région.

 

Boca de Samá a acquis une image combattive. En 1903, les habitants ont organisé la première grève des ports contre les occupants impérialistes. En 1933, ils ont participé à la grève nationale contre le dictateur et valet des Etats-Unis, Gerardo Machado. Vers la fin des années ’50, ils ont activement soutenu la 16me colonne de l’armée de rebelles de Fidel et du Che.

Ce village, qui comptait à peine 85 habitants, des pêcheurs et des paysans, a été attaqué le 12 octobre 1971 par Alpha 66 et le Front de Libération national cubain, des organisations de terreur contre-révolutionnaires. Nixon était au pouvoir aux Etats-Unis. Il ressort de documents déclassés que les deux organisations opéraient avec le soutien direct de la CIA.

Elles ont profité de l’obscurité de la nuit – la petite centrale d’électricité était en panne – pour attaquer. Deux habitants ont été brutalement assassinés, quatre autres blessés. Parmi eux, deux filles de 13 et 15 ans. Un seul coup de fusil a suffi pour arracher le pied droit de la fille aînée.

 

Nancy Pavon

 

L’attaque de Boca de Samá s’inscrivait dans une série d’attaques contre Cuba à la fin des années ’60 et au début des années ’70, toutes revendiquées par Alpha 66, une organisation qui est toujours légalement établie à Miami. Récemment, l’Américain cubain Gustavo Villoldo a encore revendiqué l’attaque de Boca de Samá. “Nixon avait des problèmes et cherchait une victoire sur le communisme. Le but initial était d’assiéger une petite ville, puis lancer une attaque plus importante.” La ‘ville’ en question est devenue le petit village de pêcheurs paisible Boca de Samá…

 

Villoldo était le fils d’une famille riche de la Havane. Leurs concessions de General Motors, de Santiago à la Havana, rapportaient un bénéfice annuel de 15 millions de dollars. La famille possédait des maisons à Miramar, à Baracoa et à Varadero. Après la victoire de la révolution en 1959, le jeune Villoldo, qui avait étudié aux USA, a décidé d’offrir ses services à la CIA. Villoldo n’en était pas à son coup d’essai en 1971. Il avait participé à l’invasion de la Baie des cochons et à l’assassinat du Che en octobre 1967 en Bolivie. Il assure également que c’était lui qui avait réglé le cimetière secret du rebelle cubain-argentin.

           

Gustavo Villoldo (aussi à droite sur la photo en noir et blanc), organisateur de l'attaque

 

Et malgré tout cela, ce monsieur Villoldo vit aujourd’hui à Miami, en toute impunité. Pire, dans une affaire uniquement possible à cet endroit, un juge lui a accordé en 2009 un milliard 200 millions de dollars en dédommagement du suicide de son père, attribué à la victoire de la révolution à Cuba. Les fonds proviennent de crédits cubains saisis via les lois du blocus. En même temps, dans cette même ville de Miami, cinq agents cubains arrêtés, dont la seule mission était d’empêcher des attaques de terroristes du même acabit que Villoldo, ont été condamnés à perpétuité.

 

Ce que Villoldo et ses copains n’avaient pas attendu en ’71, c’était la résistance des habitants de Boca de Samá, au moment où ils voulaient vider le petit commerce du village (aujourd’hui un musée) pour les priver des vivres indispensables. Ils ont dû prendre la fuite dans les deux vedettes qui les ramenaient au navire ravitailleur, en laissant suffisamment d’explosifs sur la plage pour faire exploser le village entier.

 

 

Sous les torrents, nous descendons vers le village à l’entrée de la baie. Dans notre délégation, il y en a plusieurs qui savent ce qu’est la terreur. Nous sommes tout de même tous impressionnés par le témoignage d’un des survivants, Carlos Escalante Gómez (el Chino). Josefa Caridad Portelles, la vieille mère d’une des victimes mortelles et sa fille Yudith Siam sont également présentes. Elles expriment leur douleur quant au fait que les familles des Cuban Five, les cinq hommes qui avaient pour mission d’empêcher la terreur, doivent poursuivre leur vie en l’absence de leur fils, époux ou père, aussi longtemps qu’ils restent injustement emprisonnés aux USA.

 

Un peu plus tard –le soleil a percé- la parole est à notre délégation.
Le camarade palestinien Basel raconte comment son village a été massacré par les troupes israéliennes. Un camarade péruvien témoigne de la terreur d’Etat au Pérou qui a coûté la vie à 20.000 personnes, les coupables résidant aujourd’hui à… Miami. Anwar Yassin du Liban, qui a lui-même vécu pendant 17 ans dans les prisons israéliennes, raconte comment sa mère essayait de le cacher avec ses petits frères, dans l’herbe au bord de la rivière, chaque fois que les Israéliens attaquaient, et comment ils ont échappé à la mort à maintes reprises. Il souligne que la terreur d’Israël contre la population libanaise est possible à une telle échelle parce que le gouvernement libanais ne s’occupe pas de sa population de la manière dont le gouvernement cubain le fait. Heidi Giuliani témoigne de la répression en Europe. Elle a perdu son fils Carlos. La police a tiré sur lui et l’a ensuite consciemment écrasé avec leur véhicule, lors des manifestations contre le sommet du G8 à Gênes en 2001.

Andres Gómez, un Cubain qui habite à Miami, a expliqué le pourquoi de cette terreur. Elle est semée aussi bien à Miami, contre ceux qui soutiennent Cuba, que contre les Cubains sur l’île. L’objectif est d’empêcher que les gens soutiennent la révolution, d’amplifier la haine pour que les familles restent divisées et, surtout, d’encaisser les millions de dollars USA que « l’industrie » de la contre-révolution rapporte. Andrés raconte comment on a voulu le casser psychologiquement en lui envoyant une photo de la tête broyée de son ami Carlos Muñiz Varela. Carlos habitait à Puerto Rico et était co-fondateur, avec Andrés, de la brigade de solidarité Antonio Maceo de Cubains vivant à l’étranger. De ce fait, il est devenu la cible des groupes de terreur anti-Castro. Andrés a décidé de mettre cette photo horrible de son ami sur son bureau, “pour que je n’oublie jamais qui est l’ennemi de mon peuple. Ces mêmes créatures qui sont venues ici pour massacrer et incendier, se présentent à Miami comme les grands vainqueurs. Ils haïssent ce peuple et tout ce qu’il a réalisé. C’est pourquoi ils continuent à défendre le maintien du blocus génocidaire et qu’ils ont condamné les Cuban Five à perpétuité. Les Cinq constituent à leurs yeux une menace pour leur politique de terreur d’Etat.”

 

 

Après les interventions, des fleurs ont été déposées aux endroits où étaient tombées les victimes de 1971, par Margarita Morales, qui a perdu son père dans l’attentat contre un avion cubain en 1976, le fils de Carloz Muñiz Varela, par Anwar Yassin et Adriana Pérez, l’épouse de Gerardo Hernández.

 

Finalement, la délégation a planté cinq arbres, en commémoration de cette journée et comme témoignage de notre engagement pour la libération des Cinq Cubains qui ont risqué leur vie pour protéger les innocents contre la terreur.